Le gaura (Oenothera lindheimeri, anciennement Gaura lindheimeri) se multiplie par bouturage herbacé à partir de tiges non fleuries prélevées sur un pied mère sain. Cette technique végétative produit un plant génétiquement identique au parent, ce qui la distingue du semis où les caractéristiques du cultivar (couleur, port) ne sont pas garanties. Bouturer un gaura reste accessible, à condition de respecter quelques contraintes liées à la fragilité de ses tiges fines et à sa sensibilité à l’humidité stagnante.
Bouture de gaura et fidélité au cultivar : un choix technique
Avant de prélever une tige, la première question à trancher concerne l’objectif de la multiplication. Le semis de gaura fonctionne bien, et des semis spontanés apparaissent régulièrement au jardin pour certains cultivars. Ces jeunes plants issus de graines présentent toutefois des variations de coloris ou de port.
Le bouturage reproduit le cultivar à l’identique. Pour conserver un gaura ‘Siskiyou Pink’ avec sa teinte rosée caractéristique, ou un ‘Gaudi Red’ au port compact, la bouture végétative reste la seule méthode fiable. Le semis, lui, peut donner des plants qui reviennent vers la forme type blanche.
Un point rarement mentionné dans les guides de jardinage : certains cultivars de gaura sont protégés par un titre de propriété végétale. Avant de distribuer des boutures à des voisins ou de les proposer lors d’un troc de plantes, vérifier l’étiquette du pied mère permet d’éviter un usage non autorisé. Pour réussir le bouturage de gaura dans les règles, cette précaution mérite d’être prise dès le départ.

Choisir la tige et le bon moment pour bouturer le gaura
Le gaura se bouture sur des tiges herbacées, souples et sans fleur. Une tige qui porte des boutons floraux ou des fleurs ouvertes concentre son énergie sur la reproduction sexuée, pas sur la production de racines. La sélection de la tige conditionne directement le taux de reprise.
Critères de sélection d’une tige
- Choisir une pousse latérale de l’année, verte et ferme, d’une longueur suffisante pour conserver au moins trois à quatre nœuds après la coupe
- Éviter les tiges lignifiées à la base (trop dures) et les pousses terminales trop tendres (elles flétrissent vite)
- Couper juste en dessous d’un nœud avec un sécateur désinfecté, car c’est au niveau du nœud que les cellules racinaires se forment
La période la plus favorable se situe en fin de printemps et au début de l’été, quand la plante est en pleine croissance végétative. Le gaura pousse vite par temps chaud : les boutures prélevées à ce stade émettent des racines plus rapidement qu’en automne.
Substrat et conditions d’enracinement des boutures de gaura
Les tiges fines du gaura contiennent naturellement peu d’hormones d’enracinement. L’application d’une hormone de bouturage en poudre sur la base de la tige améliore sensiblement les chances de reprise. Tremper la coupe fraîche dans la poudre, tapoter l’excédent, puis insérer la tige dans le substrat.
Le substrat doit être très drainant. Un mélange à parts égales de terreau léger et de perlite (ou de sable grossier) convient bien. Le gaura déteste l’eau stagnante, y compris au stade de bouture : un substrat qui retient trop l’humidité provoque la pourriture de la base avant que les racines n’apparaissent.
Gestion de l’humidité sans excès
Maintenir le substrat légèrement humide, jamais détrempé. Un voile ou une cloche transparente posée sur le pot crée une atmosphère confinée qui limite l’évaporation par les feuilles. Retirer cette protection quelques minutes par jour évite la condensation excessive et les moisissures.
Placer les boutures à la lumière indirecte, pas en plein soleil. Une exposition trop directe dessèche les tiges avant qu’elles n’aient eu le temps d’émettre des racines. Un rebord de fenêtre orienté est, ou un châssis ombragé au jardin, offrent des conditions adaptées.

Du pot au jardin : réussir l’installation définitive
L’enracinement prend généralement quelques semaines. Une légère résistance en tirant doucement sur la tige signale que des racines se sont formées. À ce stade, la bouture peut être rempotée individuellement dans un pot plus grand avec un terreau standard bien drainé.
Réussir l’enracinement en pot ne garantit pas la survie au jardin. Le gaura supporte mal les sols lourds et gorgés d’eau en hiver. Le drainage du lieu de plantation reste un enjeu distinct de la technique de bouturage elle-même. Un sol argileux compact peut tuer en quelques mois un jeune plant parfaitement enraciné.
- Privilégier un emplacement en plein soleil, dans un sol léger, sableux ou caillouteux
- Ajouter du gravier au fond du trou de plantation si le terrain retient l’eau
- Éviter les zones où l’eau stagne après une pluie, même brièvement
- Planter de préférence au printemps pour laisser au gaura le temps de s’installer avant l’hiver
Pour éviter les semis spontanés qui colonisent parfois les massifs, couper les hampes florales fanées avant la formation des graines limite la dispersion. Cette taille a un double effet : elle canalise la floraison et empêche les gauras de se ressemer là où ils ne sont pas souhaités.
Le gaura reste une vivace à durée de vie modeste. Même dans un sol bien drainé, un pied s’épuise après quelques années. Renouveler régulièrement les plants par bouturage permet de conserver la variété au jardin sans avoir à racheter de godets en pépinière. La bouture assure cette continuité mieux que n’importe quel autre mode de multiplication.



